Mémoire du 6 avril 1943

Le Chef de Bataillon Gaston Fournier, qui, après avoir exercé le métier de charron, est devenu assureur, est engagé au centre de secours de Niort comme chef de centre en 1920. Il est élu président de l’Union départementale en 1922, et devient le 2ème inspecteur départemental en Deux-Sèvres en 1934.

 

Héros de la Première Guerre Mondiale, il est intimement persuadé de la nécessité de travailler à l’échelle départementale pour pouvoir organiser un service de qualité. Déjà, en sa qualité de chef du corps de Niort il avait élaboré le premier syndicat intercommunal du département et promu ce type d’organisation auprès des autres agglomérations du département.

 

En mai 1939, le Conseil général approuve le projet de règlement départemental proposé par le Commandant Fournier, avec crédits de fonctionnement, mais la décision finalement ne sera pas prise et l’entrée en guerre freine brutalement tout projet. Le Commandant Fournier ne se démobilise pas et poursuit sa tache malgré l’absence de moyen, rappelant dans chacun de ses rapports annuels que «dans beaucoup de corps ruraux et même dans quelques villes, le matériel est insuffisamment entretenu. Mieux surveillé, mieux réparti, ce matériel qui constitue déjà des moyens importants pourrait assurer une protection plus efficace! Là encore, l’organisation communale constitue un obstacle à peu près infranchissable».

En 1938, est publié un décret loi du 12 novembre 1938 portant création de la fonction d’inspecteur départemental .En Deux sèvres la fonction est donc déjà en vigueur et le Commandant Fournier est pleinement mobilisé sur sa mission. Il répond à l’état des lieux qui lui est alors demandé et précise que, dans le département, la défense contre l’incendie est alors composée de :

  • 101 corps de sapeurs-pompiers
  • 2090 hommes
  • 96 pompes à bras
  • 42 motopompes
  • 5 autopompes
  • 4 camionnettes
  • 1 arroseuse

Il ressent une forte dispersion des forces et des moyens et une certaine faiblesse technique des centres de secours. Mais il dispose de trop peu de moyens pour impulser une dynamique. En 1941, il demande une subvention de 200 Francs et propose de souscrire un emprunt afin de réaliser un programme complet d’équipement. Alors que la France est occupée, et les Deux-Sèvres sous l’emprise de l’agresseur, beaucoup de projets départementaux ne peuvent se réaliser. Le Préfet lui octroiera finalement 1 700 000 F car il avait apprécié le projet de programme d’équipement et disposait de nombreux crédits inutilisés (manque de main d’œuvre et de matériaux dus à la guerre).

 

Le Cdt Fournier va alors propulser le département dans la modernité et commence la mise en œuvre de son programme en 5 points.

 

1 – Organisation d’une couverture départementale autour de 25 centres de secours dont 6 centres principaux et 19 centres secondaires (appellation ancienne des CS)

 

2 – Création d'un corps de sapeurs-pompiers dans deux communes qui n'en possèdent pas

 

3 - Acquisition de 23 véhicules pour doter les centres de secours : des Citroën C6 (pour 5 hommes, avec matériel, échelles sur la galerie, dévidoir et motopompe).

 

4 - Acquisition de 1600 mètres de tuyaux et de petits matériels

 

5 - Elaboration d'un règlement type du service départemental d'incendie.

 

Le service mis en place par le Cdt Fournier sera financé par une taxe de capitation et il établit un tarif de rémunération pour les sapeurs-pompiers (qui sont alors au nombre de 500)

Doc20180709133429_001

Après plusieurs mois d’attente, c’est finalement le 06 avril 1943 qu’est publié l’arrêté portant création du Service départemental d’incendie des Deux-Sèvres (le SDI).

 

Le SDIS ressemble alors énormément à ce que nous connaissons aujourd’hui, et se trouve parmi les tous premiers services d’incendie français à être organisés de la sorte, avec autant d’aboutissement collectif.

 

En 1945 les Deux-Sèvres reçoivent la visite d’une délégation du Ministère de l’Intérieur intéressés par l’organisation innovante mise en place dans le département. S’appuyant sur les travaux locaux, le Ministère élaborera ensuite un règlement type qui imposera aux Deux-Sèvres une mise en conformité réalisée immédiatement et entérinée par l’arrêté préfectoral du 8 mars 1946. Le régime de Vichy n’étant pas reconnu par la nouvelle 4ème République, un nouvel arrêté doit en effet venir assoir le SDI.

 

L’arrêté de 1943 institue :

  • Une organisation départementale autour de centres prioritaires et de centres secondaires
  • Une coordination opérationnelle
  • Des modalités d’indemnisation des sapeurs-pompiers
  • Un armement type et des modalités d’habillement
  • Des effectifs règlementaires par centres
  • Une règle de financement départemental
  • Des modalités de discipline

Par cet arrêté, le département innove. Les deux-sévriens sont dotés d’un service organisé, coordonné et en recherche permanente d’efficience. La départementalisation ainsi initiée se poursuivra au cours des années et plus particulièrement le 1er janvier 1973 avec la création du corps départemental, puis en 2000 avec la mise en place des protocoles d’intégration des CPI et en 2021 la dernière phase d’intégration des 12 corps communaux qui perdurent.

 

C’est avec fierté que nous célébrons aujourd’hui la création du SDIS il y a 80 ans. Grâce à cette longue et riche histoire, notre établissement a pu, à plusieurs reprises, se montrer, novateur et précurseur.

 

Nous sommes collectivement forts de cette histoire et ensemble poursuivons son écriture, toujours dans l’objectif d’œuvrer chacun de notre mieux pour un secours d’urgence de qualité en Deux-Sèvres et de relever, ensemble, les défis à venir.